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A quoi servent les parlementaires martiniquais ?

A quoi servent les parlementaires martiniquais ?

   Elus tous avec moins de 25% du corps électoral lors des dernières législatives, on serait tenté de répondre humoristiquement qu'ils ne représentent qu'eux-mêmes et la poignée de béni-oui-oui et d'alimentaires qui les suit, sauf qu'un député, dans le système français, une fois élu devient le député de tout le monde, y compris des...absentéistes.

   Mieux, il n'est même plus le député de son petit coin de territoire mais celui de la Nation toute entière (tout le monde sait ça, sauf apparemment la gouvernance de l'Université des Antilles).

   Normalement, un député est chargé de deux choses : voter les lois de la Nation c'est-à-dire celles qui s'appliqueront à tout le monde ; défendre les dossiers spécifiques du territoire qui l'a élu (même avec moins de 25% des voix). C'est leur boulot ! Ils et elles sont payés pour ce faire et pas des clopinettes mais autour de 7.000 euros par mois et des poussières.

   Or, examinons l'action de nos chers députés (et sénateurs) martiniquais et demandons nous dans quel domaine ils ont défendu les intérêts de la Martinique. Domaines importants, s'entend. Allons- gaiement :


 

   . Empoisonnement de la Martinique par le chlordécone : aujourd'hui tout le monde s'indigne du fait que durant 30 ans (1972-2002), la Martinique ait été victime d'un véritable bombardement chimique à cause de l'utilisation inconséquente de ce dangereux pesticide organochloré utilisé dans les bananeraies pour lutter contre le charançon. Indignation bien tardive de nos parlementaires en tout cas quand on sait que les associations écologistes martiniquaises avaient soulevé la question il y a bien...quinze ans déjà et que nos grands chefs politiques leur avaient ri au nez, quand ils ne les avaient pas traités de "petits comiques". Aujourd'hui, avec un culot monstre, LETCHIMY parle de "crime d'Etat" !!! Sauf qu'aucun ouvrier agricole n'a été indemnisé à ce jour, qu'aucun importateur (béké) du chlordécone n'a été inquiété, que 90% des Martiniquais ont des traces de chlordécone dans le sang et que le taux de cancers ne cesse d'augmenter. Quant au procès intenté par certaines associations écologistes martiniquaises contre l'Etat français pour empoisonnement, procès délocalisé à Paris depuis...10 ans, et dont on n'entend plus parler, c'est motus et bouche cousue de ce côté-là chez nos parlementaires.


 

   . Cyclotron : feuilleton grotesque qui a vu cet outil médical indispensable, prévu au départ chez nous, nous passer sous le nez et filer en Guadeloupe. Par bonheur, la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique) a rattrapé le coup récemment, mais rien n'est encore réalisé. Il avait, à l'époque, suffi à Victorin LUREL de froncer les sourcils pour que François HOLLANDE, alors président de la République, batte aussitôt en retraite.


 

   . Sargasses : là encore, on pourrait rire. D'abord, en se souvenant d'une certaine Miss Sargasses à qui S. LETCHIMY avait confié la mission d'étudier la question et de rédiger un dossier. Lequel lui fut transmis en grandes pompes par la Dame, sauf que ledit dossier était complètement vide, cette dernière étant apparemment plus compétente en matière d'aloe vera que de sargasses. Puis, on a vu, un député, en l'occurrence JP-P. NILOR, prendre gentiment Nicolas HULOT, alors ministre de l'environnement, par la main pour lui faire traverser une couche de sargasses sur une plage de l'île, geste qui émut tellement le grand défenseur de la nature qu'il promit urbi et orbi que la Martinique serait nettoyée de ses sargasses en moins..."d'une semaine". Un an et demi plus tard, régulièrement, ces algues reviennent pourrir l'existence des populations côtières.


 

   . Pôle Martinique de l'Université des Antilles : sur ce dossier l'incurie et l'inconséquence de nos parlementaires atteint son comble. Ils et elles sont incapables d'exiger du gouvernement qu'il fasse respecter la loi de 2015 qui a créé l'Université des Antilles et prévoit l'autonomie des deux pôles qui la compose. Pire : la gouvernance de l'établissement refuse carrément de recevoir une délégation parlementaire au motif qu'elle comprend une députée martiniquaise et tout ce que nos parlementaires trouvent à faire, c'est d'adresser un courrier à ladite gouvernance. Pitoyable ! Pendant ce temps, à cause du projet du transfert d'une centaine de postes en Guadeloupe au cours des prochaines années, c'est l'avenir même des quelques 5.000 étudiants inscrits sur le campus de Schoelcher qui est remis en question. Nos parlementaires ne pipent mot !


 

   . Hélicoptère de la Sécurité civile : nouveau feuilleton qui eut été risible si des vies (celles des malades, des accidentés de la route ou des naufragés en mer) n'était pas en jeu. Celui de la Martinique, ayant heurté des lignes à haute tension, est devenu inutilisable et l'Etat a décidé de "partager" l'utilisation de l'hélico de la Guadeloupe avec la Martinique. En clair, cet hélico, situé à 250kms de la Martinique, accourra d'un battement d'aile pour transporter à l'hôpital La Meynard tel accidenté de la route au Vauclin ou tel perdu en mer à Trinité. Ce n'est pas être un oiseau de mauvais augure que de dire qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents.


 

     On pourrait prendre d'autres exemples d'incurie de la part de nos chers (es) parlementaires, plus forts pour bomber le torse à la télévision que pour obliger l'Etat français à prendre ses responsabilités. En effet, jusqu'à preuve du contraire, la Martinique est sous tutelle française et tout pouvoir de tutelle a certes des droits, mais aussi des obligations. La France a des obligations à la Martinique et cela, nos parlementaires ne le martèlent quasiment jamais lorsqu'ils prennent la parole dans l'enceinte du Palais Bourbon. Ils et elles s'y montrent gentils garçons et gentilles filles, en costume-cravate et en tailleurs, craignant d'élever le ton alors que lorsqu'ils s'adressent à l'Assemblée, cette dernière est le plus souvent aux trois-quarts vide.

   Mais le plus affligeant est quand ils et elles en appellent à la fameuse "solidarité nationale". Le grand n'importe quoi ! La France n'a pas à faire preuve de solidarité envers nous, elle a simplement l'obligation de respecter les devoirs liés à son statut de puissance de tutelle.

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